C’est dans un contexte particulier, marqué par une guerre ouverte lancée contre la secte terroriste Boko Haram, que le Rdpc célèbre le 32ème anniversaire de l’accession de son Président national à la magistrature suprême. Entre Bilan et perspectives, le membre titulaire du Comité Central, sénateur suppléant Rdpc de la région du Nord, s’est livré à un exercice qui lui est propre. Entretien…
Paul Biya fête ses 32 ans à la tête de la magistrature suprême le 06 novembre 2014. Est-ce qu’il faut célébrer cet anniversaire dans le contexte sociopolitique actuel ?
Mohamadou Bayero Fadil : Un anniversaire comme celui que nous nous apprêtons à célébrer cette semaine, n’est pas seulement un moment de joie et de satisfaction pour avoir franchi des obstacles et des épreuves les plus difficiles. C’est également le moment de marquer un temps d’arrêt pour évaluer le chemin parcouru afin d’envisager l’avenir avec sérénité. Et je pense qu’à ce niveau, le Président Paul Biya mérite aujourd’hui qu’on lui rende un vibrant hommage pour tout le travail abattu depuis son accession à la magistrature suprême le 06 novembre 1982. D’ailleurs, dans sa circulaire relative à cette célébration, le secrétaire général du Comité Central du Rdpc M. Jean Kuete, demande à tous les Camerounais épris de paix de rendre un hommage particulier au Président de la République pour la sagesse et l’intelligence qu’il met au service de l’unité de ce pays. C’est d’une reconnaissance dont il est question.
Certains vous diront malheureusement que ceux qui nous gouvernent depuis 32 ans n’ont pas su capitaliser cette stabilité afin de sortir le pays de la pauvreté. Que répondez-vous à ceux là ?
M.B.F : Si vous analysez de manière objective les 32 ans qui marquent la gouvernance du Président Paul Biya, vous constaterez qu’il a passé la majorité de son temps à gérer les crises. Il y a d’abord eu le coup d’Etat du 06 avril 1984 qui a déstabilisé la mise en œuvre de son programme politique contenu dans son ouvrage « Pour le Libéralisme Communautaire ». Nous avons par la suite affronté la forte crise économique désastreuse qui a placé le Cameroun sous ajustement structurel. Nous n’étions même plus à mesure d’assurer les salaires des fonctionnaires et de financer les œuvres de développement. Et aujourd’hui, alors que des projets structurants sont en cours d’exécution pour améliorer les conditions de vie des Camerounais, voilà que la guerre contre la secte terroriste Boko Haram prive le pays des ressources nécessaires destinées à assurer son développement.
Toutefois, cela ne signifie pas que des actions n’ont pas été menées dans le sens de la construction de la nation camerounaise. Notre taux de scolarisation est aujourd’hui de 90%, l’espérance de vie est passée de 40 à 52 ans grâce à une couverture sanitaire acceptable. C’est d’ailleurs grâce à ce dispositif, doublé d’autres mesures complémentaires, que nous pouvons affronter toute attaque issue de la fièvre Ebola.
Les infrastructures routières, portuaires et aéroportuaires se sont développées avec un port qui est le plus important de la zone Cemac. Toutes ces réalisations ont facilité la création des richesses et des emplois et nous ont permis de passer à la deuxième phase de notre industrialisation. Je ne saurais clore ce chapitre sans évoquer le chantier de la mise en place d’un Etat véritablement démocratique et dont la dernière matérialisation est le Sénat.
Tout n’est certes pas parfait compte tenu du fait que c’est une œuvre humaine ; mais sachez que les perspectives sont meilleures avec en ligne de mire le document pour la stratégie de croissance et de l’emploi qui vise une croissance à deux chiffres à l’horizon 2020. En outre, le Cameroun vient de gagner deux points positifs dans le classement Doing Business 2015 pour l’amélioration du climat des affaires. Il n’est pas question de s’arrêter en si bon chemin avec les 185 milliards de Fcfa que le Cameroun vient de bénéficier dans le cadre du 11ème Fonds européen de développement.
Malgré ces signes d’embellissement, il reste que le discours sur la rigueur et la moralisation des comportements d’il y a 32 ans n’a pas beaucoup évolué dans une administration qui reste gangrénée par la corruption. Que vaut l’opération épervier aujourd’hui ? Faut-il encore y croire ?
M.B.F : Il faut comprendre que rien de solide et de durable ne peut se construire dans la tricherie et la recherche facile du gain. La corruption et les détournements de deniers publics ont sérieusement entamé, pendant de nombreuses années, l’image, la crédibilité et la réputation de notre cher et beau pays sur le plan international. Je ne voudrais pas revenir sur les derniers classements de Transparency International. Il fallait agir dans l’immédiat en frappant très fort même si de mauvaises langues ont tôt fait de parler d’épuration politique commanditée pour dynamiter de potentiels candidats à la fonction présidentielle.
Même si vous pensez qu’elle a été déclenchée tardivement, l’opération épervier a au moins eu deux mérites. Le courage politique d’un homme qui a pris sur lui la responsabilité d’engager une campagne de sécurisation de la fortune publique en créant des structures comme la Conac et le Tribunal Criminel Spécial dans le cadre d’un vaste programme de relance économique soutenu par les bailleurs de fonds et dont la bonne gouvernance occupe une place de choix. Vous constaterez d’ailleurs que des personnalités qui étaient chargées de concevoir et de piloter ces programmes se trouvent curieusement parmi les détenus condamnés à de fortes peines de prison.
L’autre mérite c’est qu’elle a permis, par le bais des mécanismes de remboursement, de récupérer plusieurs dizaines de milliards de Fcfa issus des malversations financières. Cet argent permet aujourd’hui à l’Etat d’assurer ses fonctions régaliennes. Et ce n’est pas fini. Des affaires sont en instruction ; d’autres sont en cours de jugement. Je suis certain que cette dynamique va se poursuivre avec des mesures rigoureuses de contrôle et de relance de l’activité économique pour faciliter une juste redistribution des fruits de la croissance.
Le thème de célébration de cet anniversaire est : « tous derrière le Président Paul Biya dans la bataille contre l’insécurité, pour la sauvegarde de l’intégrité territoriale, la préservation de la paix et la consolidation de l’unité nationale. » Y a-t-il péril à la demeure ?
M.B.F : il n’y a pas de développement durable sans une stabilité politique et une paix sociale. Si nous voulons maintenir le rythme de croissance économique retrouvé, poursuivre les réformes structurelles actuellement en vigueur, nous devons nous mobiliser pour dire non aux velléités de déstabilisation du Cameroun. Et vous savez très bien que notre pays est victime, depuis un certain temps, des attaques multiples au niveau de ses frontières septentrionales et orientales. Aucun investisseur digne de ce nom ne viendra déposer ses valises dans un environnement hostile à la prospérité. Je saisis d’ailleurs l’occasion qui m’est offerte à travers cette tribune pour rendre un vibrant hommage à l’hospitalité légendaire des Camerounais qui accueillent actuellement plus de 400.000 refugiés sur le sol, victimes des guerres en République Centrafricaine et au Nigeria.
Boko Haram constitue dans ce sens, une réelle menace pour la paix et la stabilité du Cameroun ; c’est pour cette raison qu’il faut le combattre avec la dernière énergie. Une lutte qui ne sera efficace que si nous parlons tous le même langage : la mobilisation générale derrière le chef suprême des armées, derrière les forces de défense et de sécurité qui se battent sur le terrain ; et enfin derrière les populations en souffrance dans les zones affectées douloureusement. Après les coupeurs de route, elles doivent dès à présent gérer à la fois les effets néfastes des actions menées par les extrémistes de Boko Haram et le phénomène des inondations. L’élite du Grand Nord que je suis à d’ailleurs lancé un appel dans ce sens pour un sursaut de solidarité. Nous devons une fois de plus être à leurs côtés.
La célébration des 32 ans de l’arrivée de Paul Biya au pouvoir nous donne justement cette opportunité. Nous devons saluer son courage, son sens élevé du patriotisme et son engagement, des qualités exceptionnelles qui font aujourd’hui du Cameroun un pays démocratique, uni dans sa diversité et sur la voie de l’émergence. /.